« Dirty God » de Sacha Polak, un film sur une grande brûlée joué par une grande brûlée

Le visage à moitié brûlé et une petite fille de deux ans. C’est tout ce qu’il reste à Jade de sa relation avec son ex, qui l’a défigurée à l’acide. À la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Jade n’a d’autre choix que de s’accepter, réapprendre à sourire et à aime.

Tout a commencé quand Sacha Polak, la réalisatrice, a croisé la route d’une grande brûlée. « Tout le monde la dévisageait, ou bien détournait le regard. Elle ne peux pas oublier ses brûlures car le regard des gens le lui rappelle ». Pour réaliser son film elle va à la rencontre de grandes brûlées des victimes, pour qu’elles leur raconte leur histoire.

Dans beaucoup de cas ce sont des ex qui attaquent leur ancienne copine : « leur motivation c’est : « Si ton visage n’est pas pour moi, il n’est pour personne. » Une logique terrifiante qui lui a servi de point de départ.

« Les filles à qui nous avons parlé étaient toutes plutôt pessimistes quant à la possibilité de rencontrer quelqu’un. Je voulais que le film parle d’une jeune personne, parce que je pense qu’être jeune à l’ère d’Instagram est vraiment difficile. » explique la réalisatrice néerlandaise.

Les attaques à l’acide : un phénomène qui s’accroît
A Londres, le nombre d’attaques à l’acide a augmenté de 74 % entre 2015 et 2016, passant de 261 à 454. Depuis 2010, plus de 1 800 agressions au liquide corrosif ont été recensées dans la capitale anglaise. Ces chiffres font du Royaume-Uni le pays où le nombre d’attaques à l’acide par individu est le plus élevé, même si, selon Jah Shah (directeur d’Acid Survivors Trust International), c’est aussi parce qu’il y a plus de dépôts de plaintes en Europe.

D’autres pays sont également très touchés par ce type de crime, comme la Colombie, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh. « Là où les sociétés sont souvent encore très patriarcales, les attaques sont en majorité perpétrées par des hommes contre des femmes, pour des raisons liées à un dépit amoureux, un rejet d’avances sexuelles ou le refus d’une proposition de mariage », selon Jah Shah. Les agresseurs cherchent ainsi à blesser les femmes au visage pour les défigurer et les stigmatiser socialement.

Au Royaume Uni, les attaques à l’acide sont commises en majorité par de jeunes hommes issus de la petite délinquance, et les victimes appartiennent à cette même catégorie sociale. L’acide, facile d’accès et condamné moins lourdement qu’une attaque au couteau, est une arme de choix dans la guerre des gangs. Devant la hausse de ces agressions, le gouvernement compte prendre des mesures visant à sanctionner la détention de ces substances dans un lieu public et à interdire leur vente aux mineurs.

Dirty God parle de la vie, la vraie

Troisième film de Sacha Polak, Dirty God met en lumière ce type de criminalité.

Pour le rôle de Jade, Sacha Polak voulait spécifiquement quelqu’un qui ait un visage avec des cicatrices, pour être sûre que les gens y croient (ce qui est plus difficile avec du maquillage). La cinéaste souhaitait également travailler avec une personne ayant vécu une histoire similaire à celle du personnage principal.

C’est ainsi qu’elle a choisi Vicky Knight, une assistante médicale qui, à l’âge de huit ans, a été victime d’un incendie criminel (33% de la moitié supérieure de son corps ont été marqués à vie). Cette dernière, qui effectue ses premiers pas devant une caméra, explique comment elle a rejoint le projet.

« Il y a quelques années, j’ai mis en ligne une vidéo pour parler aux gens de mon accident et mes expériences ultérieures. Cette vidéo est devenue virale et j’ai eu beaucoup de vues suivies de messages. Un jour, une dame, Lucy, m’a envoyé un message : « Voulez-vous participer à un film ? ». Je pensais que c’était une arnaque, alors je l’ai ignorée. Mais ensuite, elle en a envoyé un autre, et un autre disant : « S’il vous plaît, prenez contact avec moi ». J’ai fini par appeler et elle est venue me rencontrer à Dagenham, où je vis, et nous avons enregistré une vidéo qu’elle a envoyée à Sacha. Puis Sacha a voulu me rencontrer. »

Les cicatrices sur le visage de Vichy étant relativement superficielles, le chef maquilleur Morten Jacobsen a fabriqué une prothèse. Pour la mettre en place, l’actrice devait passer par la case maquillage environ deux heures par jour.

Pour Vicky, jouer dans ce film est une réelle thérapie : « Ça m’a aidé à m’accepter. Je me sentais comme un monstre, et aujourd’hui je peux enfin mettre des t-shirts à manches courtes ».


Revue de presse – Femininonline – août 2019