Élections de mi-mandat aux États-Unis : un record de femmes à la Chambre

Les candidates aux élections de mi-mandat aux États-Unis auront fait en sorte de briser le record de 84 femmes siégeant simultanément à la Chambre des représentants. Avec des bulletins de vote étant encore comptabilisés à travers le pays, les femmes remportaient tard mardi 6 novembre 75 sièges et étaient assurées de la victoire dans neuf districts où seules des femmes se présentaient.

L’indignation et la mobilisation des femmes ont marqué ce cycle politique du Parti démocrate – de la Marche des femmes en opposition au président Donald Trump au lendemain de son inauguration en janvier 2017, aux accusations d’agression sexuelle contre diverses personnalités ayant déclenché le mouvement #metoo.

Plus de 230 femmes, dont beaucoup étaient des candidates pour la première fois, se trouvaient sur les bulletins de vote pour les courses à la Chambre des représentants.

Première femme noire élue dans le Massachusetts

«Pour les femmes de couleur, on ne parle pas de plafond de verre à briser mais de plafond de béton, a lancé Ayanna Pressley lors de son discours de victoire, mardi. Vous savez ce qui perce le béton ? Des bouleversements sismiques.»

A 44 ans, la nouvelle élue à la Chambre des représentants pour le Massachusetts a promis à ses électeurs de ne fêter son succès qu’après avoir «instauré l’égalité» entre Américains. C’est la première fois que son Etat envoie une Afro-Américaine au Congrès. Sans adversaire au second tour, Pressley peut tout de même se targuer d’avoir détrôné après 10 mandats Mike Capuano lors des primaires démocrates en septembre. L’élue au conseil municipal de Boston s’est inscrite dans le mouvement #MeToo et a raconté publiquement les agressions sexuelles qu’elle a subies dans son enfance.

Deux Amérindiennes élues pour la première fois au Congrès

Deux candidates démocrates, Sharice Davids dans le Kansas et Deb Haaland au Nouveau-Mexique, sont devenues mardi les premières femmes amérindiennes jamais élues au Congrès, selon les estimations des médias américains.

Avocate férue d’arts martiaux, Sharice Davids, ouvertement homosexuelle, l’a emporté dans des terres conservatrices face au républicain Kevin Yoder, selon les chaînes ABC et NBC. Âgée de 38 ans, Mme Davids, élevée par une mère célibataire ancienne membre de l’armée, est diplômée d’un institut de formation publique et a passé un an à Washington au sein de l’administration Obama. Sharice Davids revendique aussi être la première représentante du très républicain Kansas ouvertement lesbienne. Plus de 600 candidats «arc-en-ciel» se sont présentés lors de ce scrutin, et 128 Amérindiens.

«C’est un pays difficile pour être une femme. J’ai été mise à terre, rejetée, terrassée, décrit Sharice Davids dans un clip de campagne où elle montre sa passion pour les arts martiaux. Il est clair que Trump et les républicains à Washington ne se soucient pas des gens comme moi, ceux qui ne pensent pas comme eux.» Membre de la Nation Ho-Chuk, elle a vécu et travaillé dans des réserves.

Deb Haaland, 57 ans, est quant à elle une mère célibataire issue de la tribu Laguna Pueblo, qui a vaincu l’alcoolisme et subsisté grâce à des bons d’alimentation.

Dans une circonscription démocrate, elle a notamment fait campagne contre des élus qui, selon elle, ne représentent pas plus les Amérindiens que les autres minorités ou les millions de pauvres dans l’Amérique de Donald Trump.

« Je suis une femme, je suis une femme de couleur », disait la candidate en désignant son visage brun et ses longs cheveux noirs et lisses. « C’est ce genre de personnes qu’il faut au pouvoir actuellement pour faire avancer les questions qui comptent », martelait-elle lors de ses rassemblements partisans.

« Au Congrès, nous avons des gens qui ne savent pas ce que c’est » que la pauvreté, déclarait récemment la candidate à l’AFP à Albuquerque (sud-ouest des États-Unis). « Mes ancêtres ont fait des sacrifices incroyables pour me permettre de garder mes traditions. Je ne leur ferai pas défaut », promettait Mme Haaland avant le scrutin.

La nouvelle élue à la Chambre des représentants est née à Winslow, en Arizona, où son grand-père travaillait dans une compagnie ferroviaire au titre de la politique d’« assimilation culturelle » des Amérindiens. Sa mère y est née également, dans un wagon de marchandises. Son père, d’origine norvégienne, était soldat et sa mère travaillait pour l’US Navy. Elle évoque les étés passés avec ses grands-parents pueblos – selon elle en butte à de nombreuses discriminations – à irriguer les champs ou à faire du pain.

Outre Deb Haaland et Sharice Davids, huit autres candidats amérindiens étaient en lice pour le Congrès cette année, un record. Les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants mardi soir tandis que le parti républicain gardait la majorité au Sénat, selon plusieurs médias américains.

Deux premières femmes musulmanes élues au Congrès américain

Ilhan Omar et Rashida Tlaib sont devenues mardi lors des élections législatives de mi-mandat les deux premières femmes de confession musulmane à être élues au Congrès américain. Ces deux candidates démocrates, respectivement du Minnesota et du Michigan, ont été élues à la Chambre des représentants. « On a réussi, ensemble. Merci ! », a tweeté Ilhan Omar, une réfugiée somalienne, avant d’écrire à l’attention de Rashida Tlaib, née à Detroit de parents immigrés palestiniens : « Félicitations à ma soeur Rashida Tlaib pour sa victoire. J’ai hâte de siéger avec toi, inchallah ».

Ilhan Omar, 36 ans, l’a facilement remporté dans une circonscription démocrate du Minnesota. Elle est arrivée adolescente à Minneapolis, grande ville de cet État du nord du pays. La jeune femme a fui la guerre civile en Somalie, avant de vivre quatre ans dans un camp de réfugiés au Kenya. Puis elle s’est installée avec sa famille à Minneapolis.

Rashida Tlaib, une Américano-Palestinienne de 42 ans, était elle assurée de gagner dans un fief démocrate du Michigan où elle faisait course seule. Fille d’immigrés palestiniens et aînée d’une fratrie de 14 enfants, Comme sa collègue Ilhan Omar, Rashida Tlaib défend un programme progressiste : d’une couverture santé universelle au salaire horaire minimum de 15 dollars.

Les deux femmes font leur entrée dans la chambre basse du Congrès à Washington. En 2006 Keith Ellison était devenu le premier musulman à y être élu en remportant la circonscription gagnée par Ilhan Omar 12 ans plus tard.

Première démocrate hispanique élue gouverneure

Donald Trump ne doit pas se réjouir de la victoire de Michelle Lujan Grisham au Nouveau-Mexique. Avocate de 59 ans, l’élue à la Chambre des représentants devient maintenant la première démocrate latina à occuper un poste de gouverneur. Elle succède à la républicaine Susana Martinez, première Hispanique du pays élue à ce poste, en 2010. Cette dernière a soutenu la politique migratoire de la Maison Blanche et envoyé la Garde nationale à la frontière mexicaine. Pendant sa campagne, Michelle Lujan Grisham s’est engagée à faire marche arrière sur cette mesure. Mais pour les électeurs de cet Etat du Sud, la principale préoccupation reste la qualité de l’éducation. Leur nouvelle gouverneure a promis d’utiliser les revenus du boom pétrolier dont profite le Nouveau-Mexique pour financer les carences du système éducatif.

Première femme élue dans l’Iowa depuis 180 ans

Ex-fonctionnaire au sein du gouvernement de l’Iowa, militante locale, volontaire pour plusieurs campagnes démocrates, Cindy Axne a longtemps gravité autour de la politique. L’ampleur de la Marche des femmes qui, le lendemain de l’investiture de Trump, a rassemblé des millions de femmes à travers les Etats-Unis a achevé de convaincre cette mère de deux adolescents.

A 53 ans, Cindy Axne est une adepte des batailles difficiles. Pour payer les factures de son premier accouchement, elle a dû, avec son mari, vendre des affaires personnelles sur Internet. Une épreuve qui l’a poussée à faire de la santé un thème majeur de sa campagne. En l’emportant face à son adversaire républicain, le sortant David Young, Axne est devenue la première femme (en 180 ans !) à représenter l’Iowa à la Chambre des représentants.

Premier duo de sénatrices femmes du pays

Aux Etats-Unis, le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans. La démocrate Catherine Cortez Masto (à gauche sur la photo) attendait de connaître l’identité de son co-représentant pour le Nevada. Heureuse surprise pour elle, c’est une collègue de son parti qui a été élue mardi. Jacky Rosen (à dr.), 61 ans, s’autoproclame «modérée», comme son Etat l’est historiquement.

En 2016, elle avait déjà réussi à conquérir un siège à la Chambre des représentants. Et a voté 41 % du temps en faveur des politiques de la Maison Blanche. Cette ancienne présidente d’une des plus grandes synagogues du Nevada s’est lancée récemment en politique. Surnommée «Wacky Jacky» («Jacky la dingue») par Trump, elle a tout de même réussi à éliminer son tenace adversaire républicain, Dean Heller, grâce à une forte participation électorale.

Celle qui cumule les premières fois

Letitia James cumule les «premières fois». Première femme élue procureure général de New York et première Afro-Américaine à occuper un tel poste au niveau de l’Etat. A 60 ans, «Tish» James, de son surnom, s’est érigée, grâce à une large victoire, à la pointe de l’opposition judiciaire contre Trump.

En succédant au démocrate Eric Schneiderman, qui a démissionné après des accusations d’abus sexuels, la New-Yorkaise va reprendre en main une série d’affaires visant le Président. Enquête sur la fondation Trump, procès contre la séparation à la frontière de familles immigrées et pour éviter l’annulation de régulations environnementales par la Maison Blanche, James a promis de rester la plus objective possible dans ces procédures à haute teneur politique.


Avec AFP – Reuters – Lapresse.ca – femininonline – novembre 2018