Soudan – Plusieurs collectifs et associations de femmes se mobilisent pour soutenir Noura

Au Soudan, plusieurs collectifs et associations de femmes se mobilisent pour soutenir Noura Hussein Hammad. Cette adolescente a été condamnée à mort, jeudi 10 mai, pour avoir tué son mari alors qu’il essayait de la violer.

Au Soudan, le sort de Noura Hussein Hamad provoque une vague d’indignation, notamment sur les réseaux sociaux. Cette adolescente a été condamnée à mort, jeudi, pour avoir tué son mari alors qu’il essayait de la violer. Ce week-end, personnalités et intellectuels soudanais comme l’écrivain Hamour Zyada ont exprimé leur soutien.

Pour Rawa Jaffar, militante féministe soudanaise, cette sentence apporte la preuve que le droit soudanais opprime les femmes alors qu’il devrait les protéger : « Près de 36 % des femmes soudanaises sont mariées avant leurs 18 ans. La loi autorise même les familles à les marier avant leurs 10 ans, avec l’accord d’un juge. La loi est mauvaise. »

Noura aussi a été mariée très jeune. « A l’âge de 15 ans », précise Asil, la coordinatrice de la campagne #Justice for Noura. « Elle a refusé ce mariage et s’est enfuie. Mais ses parents l’ont retrouvée et l’ont forcée à se marier. La plupart des tribus soudanaises, comme celle de Noura qui vient de l’ouest du pays, marient leurs filles à 15, 12 voire même 10 ans. »

« Il y a eu des changements législatifs, ces dernières années, qui ont créé le sentiment que la féminité est cause de désordre social, poursuit Rawa Jaffar. Et cela a provoqué une plus grande impunité pour les hommes. Par exemple, la loi de l’ordre public des années 90 est devenue la loi contre l’insécurité de la société. Elle sert essentiellement à criminaliser les actes des femmes. Elle définit notamment leurs tenues vestimentaires. »

De son côté, Amnesty international demande un nouveau procès. L’ONG estime que Noura Hussein Hammad doit être considérée comme une victime de violence conjugale. Mais la loi soudanaise, issue de la charia, ne reconnaît ni le mariage forcé, ni le viol conjugal. Aujourd’hui Noura peut faire appel ou, selon la charia, essayer d’obtenir le pardon de la famille de la victime.

« C’est le système de la rétribution, explique Anne Denis, responsable de la commission abolition peine de mort d’Amnesty international, c’est-à-dire que dans la charia, le meurtre est un des crimes qui est soumis effectivement aux tribunaux, mais où la grâce n’est normalement donnée que par la famille de la victime, contre éventuellement rétribution, contre une somme d’argent. Très souvent, les tribunaux à ce moment-là interviennent pour que les sommes demandées n’excèdent pas un certain montant etc. »

Un processus « complexe » qui peut « entraîner des années d’emprisonnement dans des conditions épouvantables, avec en sursis la décision de la famille », selon l’organisation de défense des droits de l’homme.


Avec RFI – femininonline – Mai 2018