L’affaire Sophie Lionnet – Comment Sabrina Kouider a peu à peu basculé

Persuadée que sa jeune fille au pair, Sophie Lionnet, avait organisé un complot avec son ancien petit-ami Mark Walton, Sabrina Kouider a essayé de porter plainte avant de décider de lui faire subir elle-même des interrogatoires.

Le procès du couple Kouider-Medouni, qui se tient à Londres jusqu’au 11 mai, livre peu à peu son lot de détails sordides. Et permet de reconstituer les événements qui ont conduit à la mort de Sophie Lionnet, jeune fille au pair originaire de Troyes et âgée de 21 ans.

Dès les premières audiences, a été mise au jour l’origine du drame, et c’est le procureur de la cour criminelle d’Old Bailey qui l’a longuement détaillée : Sabrina Kouider, 35 ans, soupçonnait sa jeune employée d’entretenir une relation avec son ex-fiancé ; Mark Walton, membre fondateur d’un boys band irlandais dans les années 90, Boyzone.

Un soupçon qui tourne à l’obsession, a dit le magistrat, quand Sabrina Kouider, mère de deux jeunes enfants âgés de 3 et 6 ans, se met en tête que Sophie Lionnet et Mark Walton ont fait un pacte destiné à faire du mal à sa famille. Elle en est certaine : ils ont drogué sa famille – ses deux enfants, elle-même et son compagnon Ouissem Medouni – pour ensuite les abuser sexuellement pendant leur sommeil. Dès lors, Sabrina Kouider semble n’avoir qu’un seul but : faire avouer Sophie Lionnet.

Sabrina Kouider a essayé de convaincre les policiers de l’existence d’un complot

L’échelle de l’horreur est progressive. Les soupçons commencent par des vols de bijoux, dont Sophie Lionnet est accusée. Puis très vite arrive cette « obsession » autour de Mark Walton, cet ancien petit-ami que Sabrina Kouider a déjà accusé de pédophilie par le passé, cherchant même à le faire condamner via un faux compte Facebook.

Le 10 août 2017, soit un peu plus d’un mois avant que le corps de Sophie Lionnet ne soit découvert en train de brûler dans le jardin du couple Kouider-Medouni, les deux femmes se rendent au commissariat de Lavender Hill, dans la banlieue de Londres. Mercredi, la cour a entendu le témoignage des policiers qui ont vu débarquer Sophie Lionnet et Sabrina Kouider. L’Est Eclair en a rapporté les principaux éléments :

  • Face au policier, Sabrina Kouider explique que Sophie Lionnet a une relation avec Marl Walton et qu’elle a laissé ce dernier entrer dans sa maison de Southfields, dans le but d’abuser sa famille.
  • Selon le policier, elle était « catégorique » mais « il n’y avait aucune preuve ». « Elle voulait qu’on lui mette la pression » [à Sophie Lionnet], a-t-il expliqué. Sabrina Kouider « semblait faire une fixation dessus et voulait que la nounou l’admette », a-t-il ajouté.
  • « Bien qu’elle l’accusait, elle avait l’air d’être copine avec et ne semblait pas plus en colère que cela », a encore précisé l’officier de police. A la barre il y a quelques jours, Mark Walton avait décrit une femme impulsive, capable de passer d’un registre à l’autre, de la tendresse à la colère extrême.
  • Quid de Sophie pendant cette visite au commissariat? « Elle ne parlait pas beaucoup et répondait poliment qu’aucune de ces accusations n’était vraie », a rapporté le policier devant la cour, selon L’Est Eclair. Dans une lettre envoyée à son père datée du 25 juin, Sophie Lionnet évoquait des « tensions » et disait se faire « accuser de choses [qu’elle] n’oserai[t] jamais faire ».

Le policier ne prend pas la plainte de Sabrina Kouider. Le jour même, celle-ci appelle son supérieur. « Elle voulait que la police interroge » Sophie à propos d’une venue de Mark Walton dans la maison trois mois avant, rapporte ce dernier. « Je lui ai expliqué qu’on ne le ferait pas et que si elle n’avait pas confiance en elle, elle pouvait toujours arrêter de l’employer. »

Des recherches sur Internet qui en disent long

Une fin de non-recevoir qui a peut être concrétisé l’idée, dans la tête de Sabrina Kouider, de procéder elle-même aux interrogatoires de Sophie Lionnet. Grâce au matériel informatique saisi chez le couple Kouider-Medouni, on sait que plusieurs recherches ont été effectuées sur Internet durant l’été 2017 : « comment faire pour que les hommes fassent n’importe quoi pour vous » ; « comment être un détective privé » ; « comment faire face à une personne qui vous rabaisse tout le temps ».

Des termes qui font écho à ce qu’il se passait dans la maison de Southfields. Sabrina Kouider a en effet vraisemblablement convaincu son compagnon, Ouissem Medouni, qui ne vivait avec elle que depuis quelques mois – bien qu’ils se connaissent depuis une vingtaine d’années -, de mener les interrogatoires. Les enregistrements desdits interrogatoires le confirment. Au début du procès, le procureur avait émis l’hypothèse suivante : Ouissem Medouni s’est peu à peu approprié le délire paranoïaque de sa compagne.

Le 20 septembre dernier, c’est lui que les pompiers, alertés par des voisins qui avaient constaté une épaisse fumée brune se dégageant du domicile de Southfields, avaient découvert devant un bûcher. Il leur avait assuré qu’il faisait cuir un mouton. Il s’agissait en fait du corps de Sophie Lionnet.

Ouissem Medouni a reconnu la mort, un « accident » selon lui, avant de revenir sur ses propos

Début janvier, l’homme de 40 ans avait fait parvenir à la cour un document dans lequel il évoquait la mort de Sophie Lionnet. Il y racontait que la jeune femme était morte noyée dans la baignoire, alors qu’il lui faisait subir un simulacre d’interrogatoire. Il aurait à un moment frappé la jeune fille au visage, et elle serait tombée dans l’eau. Ouissem Medouni assurait qu’il s’agissait d’un accident.

Mais juste avant le procès, il est revenu sur son témoignage, assurant avoir endossé la mort de Sophie Lionnet pour protéger Sabrina Kouider. Il avait alors raconté qu’il dormait au moment de la mort de la jeune fille. Selon lui, sa compagne l’aurait réveillé pendant la nuit pour le prévenir que leur fille au pair ne respirait plus. Il se serait alors levé et l’aurait découverte morte dans la salle de bains. Sabrina Kouider, elle, clame son innocence. Des versions qui vont être confrontées devant la cour criminelle. Le couple doit y être entendu le 16 avril prochain.


femininonline.com avec AFP- Avril 2018