En Amérique Latine, des femmes se rassemblent pour vivre dignement

Depuis 2004, des femmes de sept pays d’Amérique latine que sont le Costa Rica, El Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua et le Panama – représentant plus de 80 organisations se rassemblent au sein du mouvement « Mésoaméricaines en résistance pour une Vie Digne » afin de déconstruire les mécanismes socio-économiques actuels qui placent les femmes dans un plan inférieur et les plongent dans la précarité.

À travers des stratégies qui impactent directement leur quotidien, ces femmes reprennent leur place dans la société et le monde du travail – et reconquièrent leur dignité. Au Honduras, des ateliers d’économie féministe sont organisés en collaboration avec des organisations locales (CEM-H, CESADEH) avec le soutien de Mundubat, ONG espagnole.

Les ateliers d’économie féministe

La place qu’est accordée au rôle économique de la femme dans les objectifs fondateurs du mouvement des mésoaméricaines est primordial et plus que jamais d’actualité. En plus de leur mobilisation politique face à des gouvernements de plus en plus corrompus pour combattre la précarité à la source, elles se consacrent à des actions de terrain afin de contrer ses effets directement auprès des populations.

Comment combattre des politiques économiques à travers des ateliers réunissant une trentaine de femmes à la fois ?

En mettant l’accent sur des moyens de reprendre leur souveraineté alimentaire et la génération d’entrées d’argent en renforçant la production et commercialisation alternatives ainsi que les initiatives locales et surtout, en modifiant leur système de pensée. Le contenu des travaux de ces ateliers se décline sur « les 10 R », qui constituent des attitudes à prendre par les femmes au quotidien.

  1. Réévaluer : réviser et changer nos valeurs.
  2. Restructurer : adapter l’appareil de production et les relations sociales en fonction du changement de valeurs.
  3. Redistribuer: repartir les richesses et l’accès au patrimoine naturel équitablement.
  4. Réviser : la place que le patriarcat et le capitalisme accordent à la femme (dépendance extrême de l’image, valeur en fonction de ce que la femme représente et non ce qu’elle est)
  5. Rejeter/résister : ne pas acheter du superflu.
  6. Réduire : diminuer son impact sur la biosphère des modes de production et de consommation, son empreinte écologique
  7. Réutiliser: au lieu de jeter les appareils et biens de consommation
  8. Recycler/reconstruire : les déchets incompressibles de son activité
  9. Réparer: ce qui peut servir à nouveau
  10. Régaler: offrir ce que nous n’utilisons pas (et qui peut faire plaisir à quelqu’un d’autre!)

 


Le rituel pour la nature
Les ateliers commencent toujours par un rituel destiné à reconnecter les femmes avec la nature. En lui rendant hommage et la remerciant, les femmes prennent encore plus conscience de l’importance de préserver celle-ci. En reprenant des éléments de la culture ancestrale maya, ce rituel permets également de se connecter à une certaine spiritualité qui ne nécessite pas de religion.

L’atelier : un lieu ouvert d’échanges
Le choix de la méthodologie d’atelier s’explique par l’importance de l’implication des participantes pour que cette démarche porte ses fruits. L’objectif n’est pas de dicter des codes de conduite moralisateurs sous forme de cours magistraux mais d’impliquer les femmes dans le processus de réflexion qui est derrière toutes leurs activités et les soutenir dans leur changement de paradigme sans que celui-ci soit imposé.

Chaque module d’atelier est construit de façon à faire participer chaque femme individuellement tout en faisant avancer les discussions de manière collective. En plus du contenu des ateliers en eux-mêmes, l’important est d’échanger des expériences de la vie de chacune afin de partir de situations concrètes et trouver des solutions adaptées.

Les femmes profitent aussi de cette occasion pour échanger un peu de leur artisanat qui prend des formes très diverses (pâtisseries, cahiers de papier recyclé, etc).

Il n’y a pas d’âge pour commencer à s’impliquer
Les participantes viennent soit d’une même communauté, soit du moins de la même zone géographique, mais possèdent toutes des profils différents. Âgées entre 15 et 65 ans en moyenne.

Certaines d’entre elles sont obligées d’emmener leurs enfants en bas âge aux ateliers pour pouvoir s’y rendre. Plutôt que de voir cela comme un obstacle, les bébés et petits enfants sont intégrés aux travaux et gardés collectivement.

Bien que les ateliers soient organisés le plus proche possible des participantes, celles-ci habitent dans des zones rurales, ce qui leur impose des contraintes géographiques. Elles les surmontent ensemble, faisant souvent de longs trajets pour se réunir et assister aux ateliers.

La résistance au féminin au Honduras
Dans un pays meurtri par le Coup d’Etat de juin 2009 et les crimes contre les populations commis depuis, les femmes sont des figures-clé de la résistance. Parmi celles qui dirigent des mouvements de la société civile hondurienne, on peut citer Berta Oliva du COFADEH (Comité des Familles des Détenus et Disparus du Honduras), Miriam Miranda de l’organisation garifuna
OFRANEH (Organisation Fraternelle Noire du Honduras) et Berta Caceres du COPINH (Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras). Cette dernière a été assassinée le 3 mars 2016, tant son action pour la défense de l’environnement et des droits humains était importante.


Ainsi, les ateliers d’économie féministe s’intègrent dans une résistance féministe large face à l’oppression de l’Etat et la violence accrue envers les femmes.

Pour une vie digne, la lutte continue.


Avec Mahé Elipe – femininonline – Mai 2017