Mahé Elipe, une figure montante du photo-reportage social

Paris, France – A 25 ans, Mahé Elipe compte au rang des rares femmes exerçant le métier de photo-reporter. Lauréate d’un concours de Photo Magazine en 2014, le talent de cette jeune française lui a valu des récompenses dès ses premières expositions : Coup de cœur du Festival Circulation en 2013 – Seconde Sélection du concours Photo Magazine en 2013. Dans cette interview réalisée par femininonline, Mahé Elipe nous parle de son métier.

Un choix de métier est née d’une passion: la photographie.
Plus jeune, lorsque l’on m’a demandé que veux-tu faire de ta vie? La réponse était claire: je voulais pouvoir combiner le voyage, l’art et les rencontres. Le photo-reportage coulait donc de source.
J’ai commencé ma carrière en tant qu’assistante photo dans le monde de la mode, tout en travaillant en parallèle sur mes premiers reportages sociaux et documentaires de manière indépendante.
J’adore le fait d’être sans cesse en mouvement, rencontrer à chaque fois des personnes différentes qui m’apprennent toujours plus sur ce qui nous entoure. C’est notamment au fil de mes séjours en Europe de l’Est en 2014, aux Etats-Unis et en Amérique Latine en 2016 que j’ai commencé à transcrire par l’image un peu de l’histoire des personnes que je rencontre.
Et, depuis octobre dernier grâce à un reportage que j’ai effectué au Mexique sur « Las Patronas » ce groupe de femmes qui vient en aide aux migrants d’Amérique centrale (Honduras, Salvador, Guatemala) qui tentent le long et périlleux voyage vers les États-Unis à bord d’un train de marchandises, que je suis rentrée chez l’agence « Hans Lucas« .

Le métier de photo-reporter est-il plus difficile pour une femme?

Nombreuses sont les fois où, lorsque je décide de partir en reportage pour traiter d’un sujet qui me parle dans un pays étranger et même à travers la France, mon pays, j’entends mon entourage me dire “tu ne vas pas y aller seule ? “ « ça risque d’être dangereux pour une fille, pour une étrangère ” … Je pense qu’un photo-reporter qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme entend ce type de mise en garde de ses proches. Et, quelque soit le genre, tous les photo-reporters sont confrontés aux mêmes problématiques face à un sujet de reportage. Bien que les femmes soient moins visibles sur le terrain, elles sont présentes et se donnent autant que les hommes si ce n’est plus pour percer…

Il est vrai qu’avant de me lancer dans le photo-reportage, j’étais persuadée qu’être une femme pour ce métier serait un handicape. Aujourd’hui je peux dire que c’est plutôt une chance, car les gens font plus facilement confiance à la femme. Du moins pour certains sujets, ceux qui invitent dans l’intimité comme ma série de portrait sur les femmes intitulée: L’identité dans l’intimité.
Ma série consacrée à sur l’enfance dans les camps de Roms
ou encore celle sur la jeunesse actuelle
Parlez nous de vos réalisations, comment choisissez vous vos sujets?
Mes mots d’ordres sont : le social, l’art et la communication. Je m’interroge beaucoup sur la place de l’humain dans la société. J’essaie de construire mes images en me nourrissant de la culture de ceux que je photographie et des gens que je rencontre. Cependant, la place de la femme dans la société reste un fil rouge dans la majorité des reportages que j’effectue. Je reste toujours fasciné par les forces qu’elles sont capables de déployer et ce dans n’importe quelle partie du monde et dans n’importe quelle culture.
Je choisi mes sujets au fur et a mesure de mes rencontres, de ce que je vis et de ce qui m’intéresse sur le moment. Ça peut partir d’un pays, d’une actualité, d’une personne ou d’une histoire..
Je suis toujours sur la construction d’un reportage sur la force féminine en milieux agricole. Je viens de finir la France le but serait de le décliner sur tous les continents, mais c’est un travail d’archive qui demande d’être fait sur plusieurs années.
Je repars pour le Mexique en janvier 2017 pour un sujet les femmes pratiquant la « lucha libre » avant d’aller en Honduras pour faire un reportage sur la violence faite aux femmes. Le Honduras compte plus de 120.000 cas de violences domestiques dans un pays avoisinant les 8 Millions d’habitants. C’est énorme et je pense qu’il est primordial de faire valoir les droits de ces femmes et surtout faire en sorte de leur donner la parole pour tenter de réduire ce chiffre.

Avec Mahé Elipe – femininonline – Décembre 2016